03 septembre 2008
Bose Experience à Calcutta
J'ai la flemme de visiter Calcutta sous cette chaleur écrasante. Je décide tout de même de faire une petite promenade à proximité de mon hôtel pour palper l'atmosphère de la ville. Au détour d'une rue, je passe devant une luxueuse boutique "Bose'' (matériel Hi-Fi haut-de-gamme). J'entre pour profiter de la climatisation. A peine ai-je poussé la porte que l'air frais glisse sur mes épaules et tout le long de mon corps. Je renaîs.
Une vendeuse s'approche. Je botte en touche et fais mine d'être intéressé par les casques. Pendant qu'elle effectue sa démonstration à laquelle je ne prête aucune attention (en feignant quand-même un minimum d'intérêt), je remarque qu'un client entre. À présent nous sommes deux. Peut-être qu'il vient pour quelque chose, lui au moins. Il saura certainement accaparer l'attention des vendeurs pendant que je profiterai de l'air conditionné en tachant de me faire tout petit.
J'écoute la musique, coupé du monde, bien au frais. Je profite de ce petit havre de paix, bien loin des klaxons, de la pollution, de la chaleur et de la foule oppressante. Au bout d'un moment l'un des vendeurs nous invite, solennel comme un pair prenant la parole à la chambre des Lords, à vivre la ''Bose Experience''. Nous entrons dans une petite salle de cinéma et nous installons confortablement. Le film commence. Nous ne sommes que deux spectateurs alors que la salle peut facilement en contenir une trentaine. Subitement, je prends conscience de la situation incongrue dans laquelle je me trouve : je suis à Calcutta, la ville de Mère Teresa, en train de regarder tranquillement mon film, alors que derrière cette porte des gens luttent pour trouver à manger. Qui a les moyens d'entrer dans ce magasin, sachant que le moindre article coûte au bas mot 250 euros ? Pourquoi une telle boutique ici ? Si elle existe, c'est qu'il doit y avoir des clients, mais où sont-ils ? Je n'ai pas croisé beaucoup d'Indiens de classe moyenne/supérieure en deux mois et demi. Peut-être parce que j'ai voyagé en train et en bus, en classe éco de surcroît. Toujours est-il que c'est une infime minorité de la population.
Je n'ai jamais vu autant de misère qu'en Inde, pas même dans les bidons villes d'Amérique du Sud. Je suis persuadé que parmi ceux que j'ai régulièrement vus dormir sur le trottoir, certains avaient les yeux fermés pour de bon.
Ça remet les idées en place.
08:02 Publié dans Inde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : bose, calcutta
02 septembre 2008
Le Sikkim
Perché dans les contre-forts de l'Himalaya, ce royaume qui a été rattaché à l'Inde en 1975, est enserré par le Thibet au nord, le Népal à l'ouest et le Bouthan à l'est. Le Sikkim jouit d'un statut spécial qui lui permet entre autres de contrôler les entrées et sorties de touristes sur son territoire au moyen d'un permis de séjour valable deux semaines. La plupart des visiteurs sont attirés par les nombreuses possibilités de trek et la vue imprenable sur les 8 598 mètres du Kanchenjunga, le troisième plus haut sommet du monde. Etant donné les conditions météo, je m'y suis rendu sans trop d'attentes, un peu pour tuer le temps je dois l'avouer, mon objectif étant de rallier Kathmandu à Calcutta en six jours en passant par Darjeeling.
Je n'ai pas regretté mon léger détour, car même sous la pluie, ces paysages sont splendides. Les plantations de thé à flanc de colline se perdent derrière l'épaisse brume qui remonte lentement des vertes vallées. Les fleuves, transformés en puissants torrents en raison des pluies abondantes, détruisent les routes et les ponts que l'homme a eu le malheur de construire trop près. La végétation luxuriante empêche les rares rayons de soleil d'atteindre le sol. La profusion d'orchidées, de rhododendrons et de magnolias qui révèlent leurs généreuses couleurs et délivrent leurs parfums délicats, donne à cet endroit un air de paradis. Ici, la nature a encore son mot à dire. A tel point qu'un simple trajet de 15 km devient une épopée de plus d'une heure en jeep !
Les habitants du Sikkim, comme pour compenser l'exubérance de la nature qui les entoure, sont d'une simplicité et d'une douceur incomparables. Alors que j'observais des enfants jouer au foot, l'un d'entre-eux s'est approché de moi, vite rejoint par les autres. Nous n'avons discuté qu'une demi-heure, mais leur bonne humeur m'a contaminée pour le reste de la journée. Ils me rappellent ces peuples montagnards ladakhis.
Le Sikkim est à mon sens, avec le Ladakh, l'une des plus belles régions de l'Inde.
10:43 Publié dans Inde, Vidéos | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : darjeeling, plantations de thé, brume
15 juillet 2008
6 123 mètres !
Ça n'aura pas été une partie de plaisir, mais je l'ai fait ! Mon rêve de gravir un sommet enneigé remonte au début du tour du monde alors que je franchissai le col le plus haut du trek de Santa Cruz (Pérou) à de 4 800 mètres. Je m'étais promis de monter au sommet d'une des mythiques montagnes de la chaîne himalayenne, plus haut que notre bon vieux Mont-Blanc. Les conditions météo étant trop mauvaises au Népal en raison de la mousson, je me suis rabattu sur le Stok Kongri au Ladakh.
L'ascension n'aura duré que deux jours, ce qui est dérisoire comparé aux semaines nécessaires à l'escalade d'un sommet équivalent au Népal, les accès routiers étant quasi inexistants. Deux jours donc, soit un jour de moins que pour la plupart des grimpeurs amateurs (ça, c'est pour mon ego !). Mais à quel prix ? Si j'ai avalé en quatre heures au lieu huit les 1,5 km de dénivelé entre le village de Stok et le camp de base à 5 000 mètres, la deuxième journée s'est avérée beaucoup plus épouvante.
Il était initialement prévu de partir à la lampe frontale aux alentours de 3h du matin, après une courte nuit d'acclimatation. L'idée était de profiter des gelées matinales pour évoluer sur la glace munis de crampons, évitant ainsi la neige épaisse et molle difficlement praticable. Mais la météo en a décide autrement. La neige s'est abattue sur le campement pendant toute la nuit, nous obligeant à repousser notre départ.
Nous avons finalement quitté le campement aux alentours de 9 heures, dans des conditions difficiles. Chaque pas me demandait un effort surhumain pour extraire mes pieds de la neige trop profonde. Je réclamais une pause toutes les trois minutes, à bout de souffle. Comme si cela ne suffisait pas, l'air s'est fait nettement plus rare à partir de 5 900 mètres, ralentissant encore plus ma progression. Mon guide, qui grimpait avec une facilité déconcertante, m'encourageait en tirant de temps à autres sur la corde qui nous reliait.
A mi-parcours, profitant d'une éclaircie passagère, je jette un coup d'oeil en direction du sommet qui se dévoile furtivement derrière la brume. Sans expérience, mais plein d'espoir, j'évalue à une demi-heure le temps nécessaire pour y arriver. Par acquis de conscience, je demande confirmation à mon guide qui me repond un peu gêné qu'il reste plus de trois heures... Inutile de vous dire que ce fut un gros coup au moral. A cet instant précis, j'ai même pensé abandonner. Je n'en pouvais plus d'escalader cette pente interminable dans le froid et la neige, essouflé, en me retenant à mon piolet à chaque faux pas.
Il m'aura fallu neuf heures pour vaincre le Stok Kongri, mais je l'ai fait ! Arrivé au sommet, j'ai poussé un grand cri de rage et de soulagement que tous les habitants de la vallée ont certainement entendu, évacuant la pression et la fatigue accumulées au cours de la montée. Une éxperience dont je me souviendrai sans nul doute jusqu'à mes vieux jours.
Retrouvez les photos du trek dans la rubrique "Inde Ladakh". Cette région méritait une rubrique à part entière !

11:17 Publié dans Inde | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : inde, ladakh, ascention, stok kongri, haute montagne, sommet
01 juillet 2008
Ballade en Heinfield 350cc
Elle est là, dans la rue. Elle nous attend patiemment. Je fais quelques pas pour l'admirer de plus près. On la croirait tout droit sortie d'un film des années 50. Je l'enfourche et tourne la clé de contact. D'un mouvement ferme, j'actionne le kick et le moteur se met à ronronner. Je le fais vrombir quelques secondes. Les vibrations des vieilles pièces métalliques un peu lâches remontent jusque dans la pointe de mes cheveux, me confirmant que nous allons bien nous entendre elle et moi. J'embraye et passe la première dans un claquement sec. Gauthier monte à l'arrière. Nous partons pour une ballade de trois jours dans la vallée de l'Indus à la découverte des monastères et des paysages dont la désolation dégage une beauté à convertir le plus convaincu des athées. Retrouvez ci-dessous des extraits de la ballade en vidéo.
14:02 Publié dans Inde, Vidéos | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : inde, vallee de l'hindus, heinfield, moto, ladakh, leh
Pendant ce temps là, au monastère d'Hemis
13:45 Publié dans Inde, Vidéos | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : hemis, monastere, video, inde, ladakh
Un momo, et ça repart !
Le Ladakh est à la hauteur de mes espérances. Après plus d'un mois en apnée, je reprends enfin une bouffée d'oxygène, au sens propre comme au figuré. Il règne un calme olympien dans ce désert de pierre et de sable. Les seuls bruits que l'on perçoit sont ceux apportés par le vent frais qui souffle dans les contre-forts de l'Himalaya. Exit les agressions en tous genres ; bienvenue à la tranquillité, au bien être. Je reprends du plaisir à voyager.
Ici, on aperçoit un monastère bouddhiste perché sur chaque montagne. Dans les rues de Leh, on croise le regard rassurant des moines, un aller simple pour le Tibet. C'est un petit réconfort pour moi, sachant que nous ne pourrons nous rendre au Tibet, la frontière étant fermée en raison des troubles politiques actuels.
Pour info, le momo est un délicieux plat tibétain qui se présente sous la forme d'un ravioli fourré de légumes ou de viande, souvent accompagné d'une soupe.
13:36 Publié dans Inde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : inde, ladakh, tibet, leh, lamayuru
17 juin 2008
Fan de l'Inde, passe ton chemin...
Cela fait un mois que je remets à plus tard la rédaction de ce billet. Rien d'inhabituel, me direz-vous, et vous n'auriez pas tort... sauf que cette fois-ci, j'ai une excuse valable : pour la première fois depuis le début de mon voyage, je suis victime du syndrome de la page blanche. Non pas que je n'aie rien à dire, bien au contraire. Comment décrire fidèlement ce que ressens, là est la question.
Je ne parviens pas à m'imprégner de la culture indienne. Faut-il chercher une explication du côté du formatage social auquel j'ai été soumis depuis mon plus jeune âge, qui entre en collision frontale avec le mode de vie indien ? Certainement... toujours est-il que je fais trop de blocages pour pouvoir vivre l'Inde pleinement.
Je ne me ferai jamais aux odeurs pestilentielles qui s'engouffrent dans mes narines quand que je sors de ma chambre d'hôtel, aux bruit assourdissant des klaxons des motos, vélos, rickshaws ou voitures qui me frôlent dans la rue lancés à toute vitesse, aux bouses de vaches sur lesquelles je manque de glisser régulièrement, à cette foule plus collante que le riz chinois, à cet Indien dans le train qui prend mon carnet de notes et commence à le feuilleter sans m'en demander la permission ; à celui-ci qui est assit devant moi dans le bus et qui se retourne pour me fixer droit dans les yeux pendant 10 bonnes minutes sans rien dire, à celui-là qui jette par la fenêtre du train la bouteille d'eau qu'il vient de terminer (certes, les poubelles sont quasiment inexistantes, mais même quand il y en a, personne ne les utilise !), à cet autre qui a l'honneur d'être le quarantième de la journée à m'arrêter dans la rue pour me poser les sempiternelles questions : "where are you from?", "what's your name?", "are you married?". Je ne me ferai pas non plus à cette fatigue permanente due à la mal-bouffe et à la chaleur (entre 40 et 47 degrés tous les jours), aux vendeurs en tout genre qui me poursuivent dans la rue en pensant que 100 roupies ne valent rien pour moi puisque je suis occidental... Peut-être que l'Inde en backpacking, ça n'est tout simplement pas pour moi.
Et pourtant... j'ai déjà passé plus de temps en Inde que dans n'importe quel autre pays de ce tour du monde. D'abord parce que c'est un grand pays et que je dois le traverser pour me rendre au Népal. Et puis, qui dit grand territoire dit diversité. Il me reste beaucoup à voir. Ensuite, parce qu'il y a toujours un lieu qui m'interpelle, une rencontre qui me touche, qui me pousse à gratter un peu plus et à faire sauter ces barrières. Enfin, parce que c'est dans ces moments difficiles que je peux réellement apprendre sur moi et progresser. L'Inde est le terrain de jeu idéal s'exercer à prendre du recul car on n'a pas le choix !
Aux fans de l'Inde qui ont lu cette note jusqu'au bout : toutes mes félicitations, c'est un exploit !!! Je sais que le tableau que je viens de brosser est assez noir, mais je me suis attaché à décrire ce qui m'a le plus marqué. Cela ne m'empêche pas de comprendre la fascination que ce pays peut exercer sur certains. J'ai d'ailleurs bien aimé les temples d'Hampi, le fort d'Orchha, les palais du Rajasthan ou encore cette atmosphère indescriptible qui règne dans les rues de Benares et aux abords du Gange. J'ai été très agréablement surpris lorsque que ce chauffeur de bus, voyant qu'il se mettait à pleuvoir fortement, profita d'un arrêt pour descendre mon sac qui prenait l'eau sur le toit afin de le mettre à l'abri. J'ai été très touché lorsque cette Indienne nous invita à boire le thé en famille dans sa modeste maison à Benares ou par la sincérité dans le regard de ce fermier d'Orchha qui me salua alors que je me promenais sur un petit chemin de terre, loin des tumultes de la ville.
L'aventure est loin d'être terminée. Il me reste à découvrir tout le Nord du pays. Je suis persuadé que la nature, les montagnes, les temples bouddhistes, l'air pur et le calme me donneront un autre son de cloche et me requinqueront. Insha'Allah !
16:55 Publié dans Inde | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : inde




